les églises que l'on détruit…

Avril 2015

10.000 édifices catholiques seraient menacés de destruction en France.

Depuis 2000, une trentaine d’églises auraient déjà été détruites. Récemment, les églises de Gesté dans le Maine et Loire, celle, monumentale d’Abbeville en Picardie ont été démolies à la pelleteuse. Les maires concernés ont justifié ces destructions par le soi-disant mauvais état de ces édifices.

Sur place, des habitants révoltés contestent cet argument.

Destructions, abandons volontaires, beaucoup de politiques affichent clairement, désormais, un mépris pour le patrimoine religieux, pour l’histoire de leur pays. Résultat, il est à peu près certains que d’autres églises seront détruites en France. Dans ce reportage, un des représentants de l’Observatoire du Patrimoine religieux explique de quelle manière, certains maires s’y prennent pour justifier une démolition auprès de leurs administrés. Reportage d’Armel Joubert des Ouches

Février 2015
Destruction des chapelles Sainte-Thérèse et des Goélands de Saint-Jean-de-Monts, France 3
août 2013
France 2 journal de 20h.
Pour une deuxième campagne de destruction des églises.

Février 2013
démoliton d'une partie de l'eglise saint Jacques à Abbeville


Mars 2013
Une église menacée de destruction… sauvée ?



L’idéal serait de ne conserver que le clocher d’une église, le chœur d’une autre, la nef d’une troisième, et de les assembler pour former un seul édifice. Trois églises en une, trinitaire. Le reste de leurs architectures serait ensuite « déconstruit » (doux euphémisme), et comme rien ne se perd, tout se transforme, les pierres serviraient à bâtir une salle polyvalente et conviviale.
En effet, puisque, dans un souci d’économies, la réforme territoriale encourage la fusion des communes et que chaque commune a grosso modo la responsabilité d’une église, pourquoi ne pas fusionner aussi les lieux de culte ? De toute façon, ils sont désertés par les fidèles et leur restauration coûte une fortune. Autant en détruire deux ou trois, et gagner ainsi de la place pour un parking ou un terrain de foot qui ont une utilité, eux, ainsi qu’un certain poids dans la balance au moment des (ré)élections.
Le hic c’est qu’une municipalité à l’obligation d’entretenir et de rénover ses églises.... Heureusement, il y a un truc à connaître : il suffit de laisser le bâtiment se dégrader doucement, c’est insidieux, c’est invisible, et lorsque une partie du toit s’écroule, on commence par soupirer « Hélas, hélas quel malheur… », avant de galvaniser les foules, « … mais puisqu’il est trop tard, citoyens, du passé faisons table rase ». Et le tour est joué. On aura un nouveau parking. Allez, la messe est dite, et ça « tombe » bien parce qu’il n’y avait plus d’endroit pour la célébrer.

C’est bien cela qui cloche dans la réforme territoriale : toutes ces églises dont l’avenir donne le bourdon. On en compte environ 45 000 dans toute la France, dont 40 000 – celles qui furent construites avant 1905 – appartiennent aux 36 600 communes, les 5000 restantes étant à la charge des diocèses.
L’objectif de la loi, promulguée le 16 mars 2015, est d’améliorer le dispositif de la « commune nouvelle », instauré en 20101 : il faut encourager par des avantages financiers2 la fusion des petites communes, trop nombreuses, trop coûteuses.
Or les quelques exemples de fusions antérieures à cette réforme ne présagent rien de bon : après Valanjou (voir l’article), c’est au tour de Bouin-Plumoison de faire parler d’elle, née de la réunion de deux communes en 1970. Si l’église de Bouin a encore des fidèles, celle de Plumoison est désaffectée et fermée au public depuis vingt-cinq ans. Construite au XVe siècle, modifiée en 1864 par Clovis Normand, son clocher est devenu la tour de Pise du Pas-de-Calais. Sa destruction a « donc » été décidée, pire, elle a été votée, ce qui permet au maire d’alléger ses responsabilités3.

Certes, les communes doivent faire face à une baisse des dotations de l’État, elles doivent aussi choisir, souvent, entre dépenses sociales et patrimoniales. Cependant, l’obligation qu’elles ont d’entretenir et de rénover leurs églises ne date pas d’hier, mais bien de 1905. 110 ans, ça laisse une marge pour s’organiser. Encore faut-il comprendre le verbe « entretenir » qui ne signifie pas « regarder les brèches s’agrandir en se désolant » et encore moins « attendre que tout s’écroule pour raser sans regret ». Les arguments des maires semblent imparables pourtant : primo, le délabrement de l’édifice est un véritable danger pour les habitants ; secundo, le coût de sa restauration est exorbitant ; tertio, l’église voisine accueillera bien tout le monde. Ils en oublient un quatrième et non des moindres : le Christ a dit « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ». Commençons donc par le détruire gaillardement, et attendons le miracle.

Non seulement une restauration n’est pas forcément plus chère qu’une destruction (de multiples exemples dramatiques l’ont prouvé ces dernières années), mais elle n’est que la conséquence d’un mauvais entretien. Et quand bien même… Le coût élevé d’une restauration justifie-t-il que l’on abandonne un édifice ? Espérons que les personnes qui tiennent un tel raisonnement ne sont pas médecins. Enfin, la valeur patrimoniale d’une église dépend-elle du nombre des fidèles qui la fréquentent ? Certainement pas. Toutes les églises ne sont évidemment pas des chefs-d’œuvre architecturaux, mais à l’inverse, ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas classées à l’inventaire des Monuments historiques qu’elles n’ont pas d’intérêt.

Le salut ne viendra pas d’En-Haut, le Ministère de la culture étant aux abonnés absents quand il s’agit de patrimoine. Il viendra des associations et des particuliers : demande de classement, recours contre un permis de démolir… Il y a des solutions. Parmi les initiatives à noter, l’Observatoire du patrimoine religieux signale sur son site les églises en danger, tandis que le député Frédéric Lefebvre a lancé une pétition « SOS pour nos églises », mais sa proposition de recourir au financement participatif n’est qu’une perche tendue à l’État pour s’éclipser une fois de plus. La solution enfin pourrait venir des communes elles-mêmes : Benoît de Sagazan signale un exemple encourageant de la Communauté de communes des Sablons qui se sont unies pour restaurer leurs vingt-cinq églises. Ce miracle n’empêche pas de sonner le tocsin tant qu’il est encore temps, bientôt les églises ne pourront plus faire retentir le glas pour leur propre agonie.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 28 avril 2015

Film d’archive…22 decembre 1973

Interview de Michel de SAINT PIERRE à propos de son livre "Eglises en ruine, églises en péril".
L'écrivain parle des risques de disparition des églises, de la richesse de l'art sacré français et de son pillage, des curés "bradeurs", des "truands" de la brocante. - Il parle aussi de la restauration.

Interview du prêtre : "Le clocher est encore un peu défectueux", "On ne peut sauver les églises que si on les aime",
Interview du maire du village, de 3 bénévoles qui ont oeuvré à la restauration.

Appel aux architectes des Monuments Historiques. Images d'archive INA