Saint Christophe – Chissey sur Loue

Proposée par : Ass. Conservation Patrimoine de Chissey...
CHISSEY SUR LOUE
rue de l'église - 39380
Accès handicapés
Chemin de St Jacques
Monument Historique
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Chef-d'oeuvre du gothique, cette église recèle de véritables merveilles... Bâtie au XIIIe siècle, puis transformée au XVe et XVIIIe siècle, elle fut classée monument historique dès 1840. Première église classée monument historique du Jura. Sa particularité vient de sa corniche intérieure ornée de moulures, de feuillages et d'êtres humains appelés "babouins"....
L’église Saint-Christophe de Chissey-sur-Loue a été bâtie en plusieurs étapes, de la fin du XIIe ou début du XIIIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle, mais tous les auteurs s’accordent pour penser qu’elle a fait suite à une première construction, dont certaines parties, peut-être le tympan et la corniche de babouins, auraient été remployées. Elle a été classée Monument Historique en 1843, sur un rapport de Prosper Mérimée.

L'origine

Le dictionnaire des communes de Franche-Comté, rédigé par A. Rousset en 1853, nous apprend qu’une dame, nommé Théodade, aurait donné son domaine « in villa Chiolaco, in comitatu amanuense » aux religieux de l’église Saint-Etienne de Besançon. Et, au fil du temps, le toponyme se serait transformé en Chissey. A l’origine, le village était probablement établi en lisière de la forêt de Chaux pour éviter les dégâts liés aux débordements réguliers de la rivière en crue. Plus tard, il quitta ces abords protecteurs et les maisons se regroupèrent près d’un gué qui permettait le franchissement aisé de la Loue. Le bourg se fortifia et s’entoura d’une haute palissade, doublée de larges fossés que l’on repère encore de nos jours.

Franchissons les siècles : en l’an 1201, la seigneurie du village appartenait au comte de Bourgogne. Chissey était alors le siège d’une prévôté avec basse et moyenne justice que le seigneur partageait avec les chanoines de Besançon.

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XIIe siècle

Dès la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, la communauté villageoise entreprit la construction de l’actuelle église Saint-Christophe. Une clé de voûte, maintenant blanchie à la chaux, porterait le chiffre 1148 ou 1178.

L’église de Chissey avait pour vocation première de protéger tous ceux qui empruntaient le gué sur la Loue toute proche, d’où le choix du patronage de Saint-Christophe (retable actuel de saint Christophe).

Selon les époques et les chargements, la traversée de la rivière se faisait à pied ou sur un bac, et ce jusqu’en 1880.

Ce chemin était très emprunté : par les paysans pour cultiver leurs terres, par les marchands, gabelous et contrebandiers qui suivaient la route du sel et aussi par les pèlerins qui cheminaient vers Saint-Jacques de Compostelle.

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XVIIe siècle

La guerre de Dix Ans (1634-1644) fut désastreuse pour la Franche-Comté, dont le Finage dolois et en particulier le Val d’Amour. En 1636, Chissey fut totalement ravagé par les soldats qui avaient établi le siège de la ville de Dole, commandés par le prince de Condé (illustration) sous les ordres de Louis XIII. A la suite de siège, en 1636, l’église est brûlée et entièrement détruite, à l’exception des murs.

La vie régulière au village ne reprit qu’une trentaine d’années plus tard ; en témoigne la liste des curés, interrompue après Claude de Billey, dernier desservant de 1596 à 1614, et qui ne reprendra qu’en 1665. Il en est de même pour les registres paroissiaux qui sont inexistants entre 1616 et 1676.

C’est seulement à cette période, que la voûte sera reconstruite (1699).

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La vie religieuse était intense à cette époque calamiteuse : outre la paroisse, avec son curé, il fallait compter avec les religieux d’un prieuré rural bénédictin, probablement fondé par les moines de Château-sur-Salins, qui furent progressivement remplacés par des prêtres séculiers groupés en familiarité.

Ces chapelains familiers, entre deux et cinq selon les époques, étaient nés et baptisés dans la paroisse et avaient pour mission de desservir les offices et messes de fondations demandées par les villageois.

XVIIIe siècle

La familiarité disparut à la révolution, après que les prêtres eurent unanimement refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Ce clergé local se complétait encore de chapelains extérieurs qui desservaient les neuf autels annexes créés dans l’église, avec des dédicaces différentes de celle du sanctuaire, comme les rois Mages ou Notre-Dame des Avents (illustration). Ces chapelles dépendaient des chapitres de Saint-Maurice de Salins ou de Saint-Etienne de Besançon, du marquis de Champagne ou de confréries.

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XIXe siècle

Une ancienne gravure d’Emile Sagot, éditée vers 1850 par la maison Guasco-Jobard de Dijon, présente encore un toit très effilé, avec une forte inclinaison, qui aurait remplacé la charpente initiale après que celle-ci fût dévorée par un incendie. A cette époque, le cimetière (du moins sur cette gravure) n’entourait pas l’église.

Des travaux urgents de consolidation furent réalisés après la visite de Prosper Mérimée par MM. Besand, architecte, et Achille Paillot de Lons, sous la direction du célèbre Boeswilwald en 1851.

A la suite de la visite de Prosper Merimée, et sur sa proposition l’église Saint-Christophe est classée Monument Historique en 1843.

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Entre rivière et forêt

Au coeur du Val d’Amour, le village de Chissey-sur-Loue, avec en son centre l’église Saint-Christophe et sa façade ouest.

Au loin, le mont Poupet monte la garde. La Loue, masquée par un rideau d’arbres,coule à l’arrière plan.

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La façade sud. A l’horizon, vers le nord, la limite sombre de la forêt de Chaux.

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Un vaisseau de pierre...

Le vaisseau de pierre regarde au loin vers le finage fertile du Val d’Amour. L’église, édifiée au cours des XIIe et XIIIe siècles, est entourée de son cimetière paroissial.

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entre roman et gothique

Le sanctuaire est caractéristique du style gothique bourguignon, encore partiellement imprégné de l’ancien roman. C’est ce qui lui vaut son aspect solide, massif, largement posé sur le sol jurassien.

Arcs boutants, frises sous toiture, fenêtres géminées avec leurs archivoltes... contribuent à l’élégance discrète du monument.

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La façade occidentale

Son élégance provient sans doute de sa délicate dissymétrie...

Elle est encadrée par un solide clocher à sa droite et une élégante tourelle couverte en poivrière

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Le clocher

Une robuste tour carrée surmontée d’une pyramide à double pente.

Le dernier étage est allégée sur ses quatre faces par deux baies géminées accueillant les abat-sons. Elles sont ornées ornée d’une moulure torique* en plein cintre soutenue par trois colonnettes.

  • moulure saillante demi cylindrique.
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Le porche

Le porche reconstruit au XVe siècle, accueillait les fidèles et les pèlerins.

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Le portail de l’église, légèrement décalé par rapport à l’ogive brisée du porche, est entouré d’une structure romane à trois boudins, qui reposent sur de gracieuses colonnettes surmontées de chapiteaux à crochets.

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Deux visages nous accueillent à la porte depuis des siècles :

celui de droite, d’aspect masculin, est coiffé d’une couronne de fleurs de lys ou de trèfle ;

celui de gauche paraît plus féminin, avec ses cheveux disposés en chignon qui couvrent la partie supérieure du front.

Peut-être faut-il y voir la représentation du couple seigneurial, fondateur de l’église.

Une version plus symbolique et tout aussi crédible évoque la rencontre entre la puissante reine de Saba et le roi Salomon, l’homme le plus sage de tous les temps.

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Plus en dehors, sur et sous les chapiteaux, des visages de moines et des têtes couronnées s’insèrent avec bonheur...

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... allant même jusqu’à s’inscrire eux-mêmes dans les crochets et les feuilles d’acanthe.

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Le Tympan

Trilobée, de style roman, cette sculpture remarquable et rare a vraisemblablement été rapportée de l’édifice primitif. L’oeuvre représente une scène de la passion du Christ entouré des apôtres Pierre et Paul. Le Christ souffrant se tient debout, attaché à la colonne, jambes croisées et mains liées.

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A sa gauche, Pierre, à genoux, bénit de la main droite et tient dans l’autre la clé de l’Eglise. L’artiste lui a associé un ensemble sculptural avec une plante qui monte de la terre, pour les racines matérielles de l’Eglise.

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A sa droite, Jean, lui aussi à genoux aux pieds du Seigneur, présente le livre délié de l’Apocalypse. Il est surmonté par le soleil et sur le côté, par des fleurs qui évoquent la puissance du Verbe.

Certains historiens de l’art vont à l’encontre de cette iconographie classique des trois piliers de l’Eglise. Pour eux, Paul devrait être chauve ou, au moins, avoir le front dégarni, avec une longue barbe. Or le personnage de gauche semble assez jeune, avec une chevelure bouclée et une barbe courte à peine ébauchée. Alors, faut-il y reconnaître saint Jean et lire ce tympan dans une vision apocalyptique ? L’artiste gardera son secret.

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Avant d’entrer faites le tour de l’église...

Commencez par la façade sud, à votre droite, en prenant un peu de recul dans le cimetière.

Entre le clocher et le transept, on distingue très nettement le volume de la nef et celui plus bas, du collatéral.

Trois arcs boutants s’appuient sur les contreforts primitifs die la nef.

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Les murs de la nefs et du bas côté sont ornés, au sommet d’une élégante corniche en arceaux trilobés (identique à celle du clocher).

Arcs boutants, frises sous toiture, fenêtres géminées avec leurs archivoltes contribuent à l’élégance discrète du monument.

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Le chevet

Continuez votre tour, dépassez le transept pour atteindre le chevet. Dressé face au soleil levant, c’est un chevet plat d’influence cistercienne. C’est sans doute la partie la plus ancienne du bâtiment.

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La façade nord

On y retrouve les mêmes volumes et éléments que sur la façade sud :

  • double niveau de toiture correspondant à la nef et au collatéral nord,
  • arc-boutants légèrement différents,
  • corniches ouvragées et décorés d’une frise...
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Entrée dans l’église.

Vous êtes revenus façade ouest, franchissez le proche et le portail...

Le plan

A l’intérieur, le sanctuaire dévoile son style gothique bourguignon, et son plan en forme de croix latine.

Ses dimensions restent modestes, avec une longueur de trente-neuf mètres pour quinze mètres de large.

Un plan classique comportant :

  • une nef de quatre travées bordée de deux collatéraux,
  • les travées de la nef sont barlongues (le plus grand côté se présente de face),
  • les travées des collatéraux sont oblongues (inverse de barlongues)
  • un transept bien marquéé (les bras de La Croix)
  • un chevet plat
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La nef

La nef, longue de vingt-trois mètres, s’ouvre par un arc triomphal.

Elle est plus haute que le transept et subdivisée en quatre travées.

Le sol est pavé de petites dalles rouges qui égaient heureusement l’austérité des parois blanches.

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Les murs latéraux portent une corniche célèbre, dite des Babouins, qui symbolise probablement les malades mentaux qui venaient implorer ici pour leur guérison.(voir chapitre Les Babouins).

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Enfin, la voûte, sur croisée d’ogives, s’élève à treize mètres sous clef. Elle est datée de 1699 et maintenue par de vilains tirants en fer qui servent de complément aux arcs-boutants insuffisants dès l’origine.

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Le Crucifix

En remontant la nef, ce crucifix s’impose à votre regard...

Sculpté au XVe siècle le grand Christ barbu, sur sa croix de bois rustique, attend toujours de retrouver sa place insigne, au sommet de l’arc triomphal. Les stigmates sont très marqués, aux mains, aux pieds, au flanc droit et sous la couronne d’épine. Hauteur 260 cm.

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Avant de trouver récemment cette place dans la nef, cet imposant crucifix a longtemps été à l’extérieur, sue le première fenêtre de la façade sud... où il a beaucoup souffert du rude climat local... Il a depuis été restauré (1998).

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Les colonnes

L’église de Chissey n’est pas parfaitement homogène, ce qui ne surprend guère le visiteur curieux compte-tenu de l’étalement dans le temps de sa construction, pendant une période qui a en outre été marquée par une évolution majeure dans l’architecture des édifices religieux (la transition du roman au gothique).

Les parties les plus anciennes, le choeur et le transept, sont édifiés sur des piliers massifs, cruciformes, avec quatre colonnes sur les faces et quatre colonnettes dans les angles.

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Le choeur est plus bas que le transept, lui-même plus bas que la nef, ce dont témoigne le niveau de la moulure du tailloir des chapiteaux qui s’arrête un mètre plus loin dans la nef.

Les piliers deviennent carrés, avec quatre colonnettes engagées, dans la quatrième travée de la nef, où ils supportent la chaire au nord et un Christ en croix sulpicien au sud. A remarquer la présence de deux masques sur ce pilier. Leurs yeux et bouches sont largement ouverts et semblent adresser des conseils aux fidèles.

Plus loin, dans les deux autres travées, les piliers sont cylindriques, massifs et robustes, posés sur un socle hexagonal par l’intermédiaire d’une baguette et d’un large tore aplati.(illustration). Les chapiteaux sont octogonaux, décorés par deux niveaux de feuilles rangées en quinconce qui s’épanouissent en crochets bien ouverts. Seule la dernière colonne au sud est ornée de feuilles plates polylobées décrites comme gothiques, typiques du XIIIe siècle.

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L’entrée du chœur

A l’entrée du choeur ont été placées, récemment, les statues de saint Claude, du XVIIe siècle, et celle de Notre-Dame des Avents qui était jadis exposée sur un socle en pierre dans le collatéral sud.

Saint Claude - XVIIe siècle

Saint Claude (XVIIe siècle), patron du diocèse. Bois doré. Hauteur 83 cm.

La statue de saint Claude, en bois doré, rappelle celles qui ornaient le retable de Saint-Christophe et elle semble plus tardive que la date de 1611 mentionnée sur son socle. Elle représente le saint évêque qui bénit les fidèles de sa main droite gantée.

Saint Claude est le saint patron du diocèse. Descendant peut-être de la famille des sires de Salins, notre saint fut d’abord revêtu de la dignité épiscopale durant sept années comme évêque claustral de Besançon au VIIe siècle. Il fut ensuite nommé abbé du monastère de Condat, fondé par les saints Romain et Lupicin et qui avait pris le nom de Saint-Oyend-de-Joux à la suite de l’abbatiat d’Oyend entre 490 et 510. Au XIIe siècle, son corps fut retrouvé intact et transféré dans une châsse. A cette occasion, il ressuscita un enfant étouffé par la foule. L’abbaye prit le nom de Saint-Claude.

C’était le début d’un culte qui se poursuit encore de nos jours.

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Notre Dame des Avents - XVIe siècle

Notre Dame des Avents (XVIe siècle). Cette statue est l’une des rares représentation en Europe d’une Vierge portant l’enfant Jésus avant la naissance. Hauteur 89 cm

Joyau de l’église de Chissey, la statue de Notre-Dame des Avents, encore appelée Notre-Dame la Blanche, date du début du XVIe siècle.

Selon les nombreux spécialistes d’art religieux qui ont étudié cette Vierge, la simplicité, l’ampleur des formes et la tombée harmonieuse de la robe sur le sol caractériseraient une oeuvre de l’école bourguignonne. Ce type de représentation mariale fut interdit par l’Eglise lors du Concile de Trente en 1563.

La pose est naturelle, jambe droite en avant, genou légèrement fléchi ; le buste se tourne de l’autre côté, rompant ainsi la symétrie, et la tête se penche gracieusement vers l’avant. Les mains jointes accentuent encore l’impression de sérénité, de méditation intérieure et d’adoration de l’Enfant Dieu que la Vierge porte en son sein.

Une chapelle des Avents ou de Notre-Dame la Blanche existait déjà dans l’église de Chissey en 1506.

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Le chœur

Le choeur, plat, plus conforme au style cistercien qu’aux caractéristiques clunisiennes remarquées sur le tympan, est couvert par une voûte gothique.

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Dans le chœur : le maître-autel édifié au XIXe siècle par le curé Prost.

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Le retable du saint Rosaire

Du côté de l’Épître (à droite de l’autel): le retable du Saint Rosaire.

La dévotion au Saint Rosaire, le chapelet ou « chapel de roses », fit son apparition dès le XVe siècle dans le silence des couvents dominicains. Elle fut officiellement approuvée par le pape en 1479.

A l’origine, ce chapelet, diminutif du mot chapeau, avait l’aspect d’une couronne de roses, d’où le nom Rosaire.

Chaque médaillon floral qui composait le thème illustrait l’un des principaux mystères de la vie de la Vierge et du Seigneur Jésus-Christ, suscitant ainsi louange et prière. Cette forme de prière, soutenue par un thème pictural précis, s’est répandue en Franche-Comté dès le XVIIe siècle, sous l’impulsion des nombreuses confréries laïques du Rosaire.

A Chissey, la confrérie fut établie le 18 juillet 1617 par Frère Julien Puissant. Les registres de confrères furent ensuite régulièrement tenus de 1617 à 1891, regroupant en moyenne une trentaine de membres. Aucun nom n’y figure de 1636 à 1666, le village étant décimé par la guerre et la peste. Et, bien que réduits, ces rôles existaient encore en 1938, 1944 et 1947. Le tableau de Chissey, de facture très classique, a été peint par Denis-François-Xavier Bourges (Rahon, Jura, 1797-1879). L’oeuvre date de 1856 ; elle a été restaurée en 1999. L’artiste, qui a décoré de nombreuses églises du pays dolois, a figuré la Vierge Marie et l’enfant Jésus remettant le chapelet à saint Dominique.

Autour de la scène principale, quinze petits médaillons représentent, à partir du bas :

  • à gauche, la vie de la Vierge et ses mystères joyeux : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la présentation au temple, Jésus parmi les docteurs de la Loi.
  • à droite, la vie du Christ et ses mystères douloureux : l’agonie au Jardin des oliviers, la flagellation, le couronnement d’épines, la montée au calvaire, la Crucifixion.
  • et, dominant les autres, les mystères glorieux : la Résurrection et l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption et le couronnement de Marie au ciel.
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A la droite de l’autel, une imposante statue en pierre du XVe siècle de saint Christophe, le saint patron de l’église.

Saint Christophe est devenu le très populaire saint patron des voyageurs à travers tous les dangers, notamment ceux qui utilisent des moyens de transport.

On dit que Christophe de Lycie était un géant, à tête de chien (un lien avec les Babouins ?) qui s’était libéré du pouvoir du diable et mis au service de Dieu. Il était passeur de voyageurs à travers un torrent impétueux.

Un jour, arrive un petit enfant. S’appuyant sur son bâton, Christophe le prend sur ses épaules pour lui faire traverser le torrent et son danger mortel. Il s’étonne de son lourd poids mais l’enfant lui répond : "En me portant, c’est le monde entier que tu as porté ». Et pour prouver ses dires l’enfant - le Christ - ordonna à Christophe de planter son bâton dans le sol; le lendemain celui-ci fleurissait et portait des fruits merveilleux. Alors Christophe crut et il porta au loin le nom de son Seigneur.

Martyr, son culte est attesté dès le Ve siècle, en Bithynie, où une basilique lui fut dédiée.

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Sur les murs latéraux du chœur, deux toiles précieuses, Notre-Dame de Lorette, à droite et l’Assemblée céleste à gauche (illustration).

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Le mur du fond, orienté à l’Est, présente quatre ouvertures dont trois fenêtres à l’archivolte romane et une rosace quadrilobée. Le vitrail porte un tétragramme (Ensemble des quatre consonnes hébraïques qui constituent le nom divin) entouré d’angelots.

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Le transept / Les retables

Le transept, plus haut d’un mètre que le choeur, est composé d’une travée profonde de sept mètres, divisée en trois parties inégales.

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Le retable de saint Christophe

Du côté de l’Evangile,(côté gauche de l’autel) s’élève le retable de saint-Christophe, avec sa célèbre relique dudit saint...

L’autel et son retable en bois doré datent de la fin du XVIIe siècle ; ils ont été restaurés en 1979 puis en 1999.

L’autel a longtemps été l’autel principal de l’église, placé dans le choeur.

Les niches, entourées de petites colonnes torses très élégantes, abritaient quatre délicates statuettes dorées, malheureusement subtilisées à deux reprises. Le tabernacle à monstrance est orné d’un Christ en Croix. Il pivote sur son axe, révélant alors un renfoncement qui servait à l’exposition du Saint Sacrement. L’ensemble, avec sa prédelle à gradins, est très proche de l’ancien retable de Château-sur-Salins conservé maintenant à Chilly-sur-Salins.

Le tableau, peint en 1840, représente la légende de saint Christophe portant l’enfant Jésus à travers les eaux impétueuses d’un torrent montagneux. Le Christ pose sa main gauche sur le globe divin surmonté de la croix.

Enfin, il faut remarquer la présence, sur l’autel, d’un vénérable reliquaire qui renferme la moitié du maxillaire inférieur de saint Christophe.

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Le retable de la Vierge libératrice

L’église s’enrichit d’une troisième retable... très intéressant d’un point de vue historique...

Le retable de Notre-Dame Libératrice, piétinant les armes françaises. Elle protégeait les Comtois de la famine, de la guerre et de la peste.

La Vierge Marie, sous les vocables de Notre-Dame la Blanche ou Notre-Dame Libératrice, a été proclamée patronne de la Franche-Comté par l’archevêque de Besançon Claude d’Achey le 13 septembre 1643. Le culte de Notre-Dame Libératrice remontait déjà à l’an 1492, établi par les habitants de la ville de Salins pour remercier la Vierge de la victoire remportée à Bracon et Dournon le 17 janvier.

Les processions et liturgies en l’honneur de Notre-Dame Libératrice se poursuivirent au cours des siècles, même pendant la révolution et la Vierge ne cessa d’intercéder en faveur des Comtois, les préservant toujours des fléaux de leur temps.

« La représentation de Notre-Dame Libératrice évoque plus un sentiment de résistance guerrière et de conquête qu’une prière humble et pacifique contre les trois fléaux qui affligeaient la province.

Elle fut dessinée par le R.P. Marmet lui-même, d’après la vision qu’il avait eu en 1639 : « Marie, terrible comme une armée rangée en bataille, le front haut, le regard et la bouche sévères, la main tenant le sceptre comme un bâton de commandant ». Le tableau sur bois de Chissey, naïf et sans grande qualité artistique, fut peint par un artiste dénommé Bousset.

Il représente la Vierge avec une couronne comtale qui tient dans sa main droite un sceptre surmonté d’une croix et, à gauche, l’Enfant qui porte une palme, symbole de paix. La Vierge repose sur un faisceau de canons, lances et hallebardes françaises.

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Les confessionnaux

Une petite maison apparaît au cœur de la grande église, au fond du transept, c’est le confessionnal.

Il faut franchir trois marches, s’agenouiller, faire pénitence et regretter ses fautes si l’on veut avoir la chance de se faire pardonner.

Les deux confessionnaux, de style franc-comtois, datent de l’époque Louis XVI et ont été restaurés en 1999.

Ils sont coiffés d’un toit en bulbe avec une couverture de petites tuiles qui rappellent les clochers franc-comtois.

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La chaire

En revenant par la nef arrêtez-vous un instant devant cette imposante chaire à prêcher.

Cette chaire, sculptée en chêne au XVIIIe siècle, est de très belle qualité. Elle montre les quatre Evangélistes qui entourent le Christ enseignant.

L’abat-voix est surmonté d’un angelot soufflant dans une trompette.

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Les fonts baptismaux et leur retable

Plus près de l’entrée, les Fonts baptismaux. La cuve .

Le retable des fonts baptismaux date du XVIIe siècle et semble d’une facture très proche de celle du retable de Saint-Christophe.

La cuve (où l’on « plonge" les enfants pour leur purification lors du baptême) est surmontée d’une toile anonyme qui représente Jean-Baptiste versant l’eau du baptême sur le Christ en prière, caractérisé par l’appellation divine : « Hic est filius meus dilectus » (Voici mon Fils bien-aimé).

Le Jourdain serpente ici au coeur d’un paysage arboré de nos régions. Le couvercle végétal de la cuve est un beau travail de sculpture rurale.

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La suite...

En redescendant par les collatéraux, vous aurez déjà pu découvrir les étonnantes richesses de cette église de campagnes...

Revenez près de l’entrée, levez la tête... les babouins vous attendent !

Saint Christophe – Chissey sur Loue - L'intérieur

L’église de Chissey-sur-Loue est réputée pour ses corniches intérieures qui portent des modillons grimaçants ou symboliques.

Ces corniches seraient peut-être, avec le tympan, l’un des vestiges de l’édifice religieux roman qui existait avant l’église actuelle.

Elles auraient même décoré à cette époque les murs extérieurs, visibles encore dans nombre d’églises vénérables, comme Gigny, Langeais ou Moissac.

Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins

La tradition rapporte que Chissey était autrefois un centre de pèlerinage pour les fous et insensés. Il n’est pas impossible que ces corniches dites des Babouins représentent ces pèlerins particuliers ; mais cette explication est peut-être trop simpliste, voire totalement légendaire.

Qu’est-ce qu’un fou au moyen-âge ? Un homme habité par le démon. pour le guérir, il faut donc chasser le diable; on devine alors que ces corniches racontent simplement l’histoire éternelle entre Dieu et le diable, entre la vie et la mort, l’homme et l’animal, l’homme et l’homme-animal si cher à nos légendes

Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins

Le clergé ne s’est cependant jamais passionné pour les figurines des corniches.

Certains ecclésiastiques l’ont même raillées en prétendant que « le peu de beauté des gens de Chissey ne serait point si les femmes, curieuses, au lieu de regarder sans cesse ces objets hideux, avaient leurs yeux fixés pieusement sur leurs Heures ».

Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins

Chaque masque est différent car les défauts et péchés qui nous conduisent au diable, repéré dans la première travée sud, sont aussi multiples.

Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins
Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins

Il ne vous reste donc qu’à observer - ce n’est pas toujours facile - ces étranges et mystérieuses figurines et à imaginer... et pour vous croyants... prier pour éloigner ce diable qui conduit à la folie.

Saint Christophe – Chissey sur Loue - Les babouins

La plupart des textes et photos de cette présentation ont été tirés du remarquable ouvrage édité par l’Association pour la Conservation du Patrimoine Historique de Chissey, Chatelay et Germigney.

Saint Christophe – Chissey sur Loue - En savoir plus...

Cet ouvrage vous donnera accès à beaucoup d’autres richesses de l’église Saint-Christophe : ses pierres tombales, ses vitraux... l’énigme des babouins ou le merveilleux Trésor, inaccessible en dehors de grands événements marquants.

Un Trésor où vous croiserez Dieu le Père...

La représentation du Père éternel émergeant d’un nuage n’est pas exceptionnelle dans nos sanctuaires catholiques, particulièrement en Franche-Comté où Dieu-le-Père est souvent représenté au sommet des retables principaux. A Chissey, la représentation de Dieu-le-Père, sculpté en bois doré au XVIIIe siècle, est classée monument historique. Elle nous fait entrevoir la Divinité sous les traits d’un visage assez jeune, avec une chevelure plutôt fine ou clairsemée, une moustache recourbée à l’extrémité et une grande barbe bouclée. Le geste est une invite à la prière et à la réunion mais le regard, sans véritable bienveillance ni reproche, semble plutôt interrogateur.

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ou, toujours dans le trésor, une impressionnante collections de reliques qui justifient qu’au Moyen-Age et à la Renaissance,l’église Saint-Christophe ait été un haut lieu de pèlerinage et donc son importance et sa richesse passée.

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Visite

L’église est ouverte tous les jours Entrée libre

Contact

Paroisse Notre Dame de Lorette Presbytère 71 Place de la Liberté 39110 Salins-les-Bains 03-84-73-06-15 paroisses.salins@gmail.com
Association pour la conservation du Patrimoine His Président : Jean-Luc BOILLEY 8 rue de la rivière 39380 Chissey-sur-Loue Tél • 06 43 22 89 02
Mairie de Chissey Mairie de Chissey sur loue 32 grande rue 39380 Chissey sur loue France 03.84.37.63.21
Office du tourisme du Jura Dole Tourisme 6 place Grévy 39100 DOLE
Sources : Eglises Saint-Christophe - Chissey sur Loue - Pierre Lacroix Wikipedia
Crédits : Jean-Philippe Macchioni Xiki Comons : Florian Facebook / BellesEglises : l’Histoire ensemble, Jean-Michel Dhainaut, Flickr : Damien Boilley, Gérard Michel Geoportail Racinescomtoises.net